Restauration de l’abbaye Sainte-Marie de Longues-sur-Mer
Maçonneries, voûtes et baies du chœur, taille de pierre, réfectoire, logis et abords : une restauration du patrimoine bâti dans le Calvados.
Fondée en 1168, l’abbaye bénédictine Sainte-Marie de Longues-sur-Mer conserve un ensemble de bâtiments et de vestiges médiévaux, au nord de Bayeux, dans le Calvados.
Le chœur de l’ancienne abbatiale, ses voûtes, ses baies et ses décors de pierre côtoient le réfectoire, le logis et les autres dépendances. Les différentes phases de construction et de transformation restent lisibles dans les maçonneries.
Maisons d’Histoire est intervenue sur les maçonneries et les pierres de taille du chœur, puis sur plusieurs ouvrages du réfectoire, du logis et des abords. Le travail a associé consolidation, conservation des éléments anciens et compléments adaptés aux parties dégradées.
Référence patrimoniale
Le projet en bref
L’objectif premier était de remettre une toiture sur l’église abbatiale, au-dessus de son ancien chœur, pour protéger durablement les voûtes et les maçonneries. La consolidation des ouvrages et la reconstitution des parties hautes ont préparé les appuis nécessaires à la repose d’une charpente et d’une couverture.
- Lieu
- Abbaye Sainte-Marie
Longues-sur-Mer
Calvados (14) - Intervention
- Restauration et consolidation des maçonneries et ouvrages en pierre
- Savoir-faire
- Maçonnerie traditionnelle
Taille de pierre
Consolidation
Jointoiement
Enduits à la chaux - Ouvrages
- Chœur et voûtes
Baies et remplages
Réfectoire
Logis
Portails et abords - Matériaux
- Pierres anciennes conservées
Pierre de Creully
Pierre de Saint-Maximin
Mortiers et enduits de chaux
Maîtrise d’ouvrage, conception et réalisation
Les acteurs du projet
- Maîtres d’ouvrage
- Isabelle et Jérôme d’Anglejan
- Maître d’œuvre
- Le Moal & Daumas
Architecture & Patrimoine - Maçonnerie et pierre de taille
- Maisons d’Histoire
Le chantier du chœur a également mobilisé le bureau d’études structure Michel Bancon. Jean-Baptiste Vincent, pour Archeodunum, a assuré le suivi archéologique de la dépose des remblais et l’étude des éléments lapidaires. Les chapiteaux de la restitution du remplage ont été sculptés par Jean-Christophe Yvon.
- Soutien à la sauvegarde du patrimoine
- Mission Bern
Mission Patrimoine confiée à Stéphane Bern - Mobilisation pour la restauration
- Loto du patrimoine
Abbaye retenue parmi les projets emblématiques des régions en 2019
Identifier, sauvegarder et transmettre un patrimoine en péril
Déployée par la Fondation du patrimoine avec le soutien du ministère de la Culture et de FDJ UNITED, la Mission Bern contribue à identifier les sites en danger et à accompagner leur sauvegarde. La sélection prend notamment en compte l’état de péril, l’intérêt patrimonial, la maturité du projet et ses retombées pour le territoire.
Le Loto du patrimoine et les jeux Mission Patrimoine mobilisent une partie de leurs recettes pour soutenir les travaux des sites sélectionnés. À Longues-sur-Mer, ce soutien accompagne la sauvegarde du chœur et la restitution de sa toiture, puis la restauration de ses baies et de ses parements, ainsi que des interventions sur le réfectoire.
Au-delà de la conservation des bâtiments, cette mobilisation favorise leur transmission au public, leur valorisation culturelle et le maintien des savoir-faire nécessaires à leur restauration.
Contexte
Intervenir sur les vestiges d’une abbaye médiévale normande
L’ensemble conserve notamment les vestiges de l’église, l’emplacement du cloître, le réfectoire et le logis. Les constructions médiévales et leurs transformations ultérieures composent un site dont les maçonneries portent encore les traces de ces évolutions.
La protection au titre des monuments historiques distingue plusieurs parties : les ruines de la chapelle ont été classées en 1915 ; l’ensemble abbatial a fait l’objet d’un classement complémentaire en 2006. La ferme de l’abbaye bénéficie d’une inscription distincte.
La restauration devait préserver cette lecture du bâti : conserver les pierres encore utilisables, comprendre les éléments retrouvés et limiter les remplacements aux besoins des ouvrages.
Périmètre de l’intervention
Les principaux travaux réalisés
- Échafaudages, étaiements et protections du chœur
- Dépose de la dalle et des remblais au-dessus des voûtes sous surveillance archéologique, restauration des croisées d’ogives
- Reconstitution des arases, corniches, surmonts et chéneau en pierre en vue de reposer une toiture
- Remaillage des fissures, injections et pose du tirant intérieur
- Reprises des nervures, des voussures et des pierres de contreforts
- Réouverture des baies, restauration des meneaux et des remplages
- Réemploi des pierres anciennes et taille des compléments
- Jointoiements, enduits à la chaux et badigeons du chœur
- Reprises des pignons et des souches du réfectoire
- Consolidation et rejointoiement des maçonneries du logis
- Réseaux, drainage, évacuation des eaux et caniveau en calade
- Reprises du porche, du seuil secondaire et de maçonneries en pied de clôture
Ces interventions relèvent de la maçonnerie et de la pierre de taille. La restitution de la toiture du chœur et les travaux de couverture et de charpente appartenaient aux lots spécialisés du projet.
Protection du chantier
Organiser les accès et soutenir les ouvrages pendant les reprises
Les échafaudages extérieurs et intérieurs ont permis d’accéder aux élévations, aux parties hautes et aux intrados des voûtes. Les zones fragilisées ont été étayées avant les déposes et les remplacements ponctuels de pierre.
Le travail s’est effectué par étapes, avec des protections provisoires adaptées aux zones ouvertes. L’étaiement des voûtes en sous-face accompagnait les interventions sur les couches situées au-dessus.
Conservation et archéologie
Déposer les remblais et retrouver les éléments anciens
La dalle et les couches de remplissage au-dessus des voûtes ont été déposées sous surveillance archéologique. La dépose de l’étanchéité des arases s’est accompagnée de bâchages ; l’étanchéité centrale a été conservée au début de cette phase.
Les pierres retrouvées ont été étudiées et regroupées par l’archéologue selon leur typologie : profils de baies, meneaux, colonnettes, nervures et autres éléments moulurés. Cet inventaire a aidé à comprendre les ouvrages anciens et à préparer le réemploi des pièces compatibles avec les restitutions.
La restitution des fenestrages s’est ainsi appuyée sur les pierres existantes et celles retrouvées sur place, complétées lorsque nécessaire par des éléments nouvellement taillés.
Maçonnerie traditionnelle
Reconstituer les parties hautes du chœur
Après les déposes, les arases ont été reconstituées. Les pentes des rampants et les profils des parties hautes ont été relevés pour organiser les raccords entre maçonnerie, corniches et surmonts.
Un chéneau en pierre de taille a été mis en œuvre en conservant des éléments existants. Au Nord, les corniches ont été déposées et reposées avec des compléments et un réalignement. Les surmonts Est ont été fournis et taillés en pierre de Creully.
Les pierres ont été posées et coulinées au mortier de chaux. Dans le massif occidental, des platines de renfort ont été intégrées aux maçonneries et liaisonnées à la charpente.
Consolidation
Reprendre les voûtes, leurs nervures et les maçonneries fissurées
Les fissures de l’extrados ont fait l’objet de remaillages et d’injections. Un tirant intérieur a également été posé sur la façade occidentale du chœur, dans le cadre du confortement de cette partie de l’édifice.
À l’intérieur, les voussures ont été étayées pour déposer des blocs isolés, remplacer les éléments dégradés et effectuer des retailles sur place. Les remplacements concernés ont été réalisés en pierre de Saint-Maximin.
Les interventions ont conservé les portions utilisables des nervures et des parements. Les enduits et les finitions ont ensuite accompagné les reprises localisées, sans effacer la composition des voûtes.
Conserver les profils des contreforts lors des reprises de pierre
Les interventions sur les contreforts ont porté sur les pierres à reprendre, avec fourniture, taille, pose et patine d’harmonisation. Les profils anciens ont servi de référence aux compléments : les moulures et leurs raccords ne pouvaient pas être remplacés par des blocs de forme indifférenciée.
Taille de pierre
Relever les profils, tailler les compléments et préparer leur pose
La restitution des ouvrages en pierre a commencé par les relevés de profils et le tracé des épures. Les éléments anciens ont servi de référence pour préparer les pièces manquantes et les raccords.
La taille a concerné les corniches, les surmonts, les contreforts et les réseaux des baies. Les remplages ont été préparés par montage à sec au sol, en associant éléments anciens et neufs avant la pose.
Cette préparation permettait de vérifier les profils et les assemblages sans multiplier les ajustements sur l’ouvrage en place. Des patines d’harmonisation ont été réalisées sur les reprises de pierre concernées.
Du relevé d’une pierre ancienne au montage à sec
Le geste commence par la lecture de la pièce conservée : courbes, moulures et surfaces de raccord sont relevées avant le tracé. À l’atelier, les blocs sont dégrossis puis façonnés pour restituer les profils nécessaires à l’ouvrage.
Les éléments de remplage sont ensuite assemblés à sec au sol. Ce contrôle met en relation les pièces avant leur pose en hauteur, afin de vérifier la continuité des moulures et l’accord des éléments anciens avec les compléments taillés.
- Observer
- Relevés des profils existants
- Tracer
- Épures et repérages
- Préparer
- Taille et montage à sec
- Raccorder
- Pose et harmonisation
Baies et remplages
Retrouver les ouvertures et leurs réseaux de pierre
Les bouchements des baies géminées ont été déposés avec soin sous contrôle archéologique. Les remplages instables ont été étayés avant les reprises des arcs, des meneaux et des ébrasements.
Les feuillures ont été réparées par des greffes de pierre ou des ragréages localisés. Les profils conservés et les éléments retrouvés ont guidé la restitution des parties manquantes.
Une restitution a également concerné un remplage et sa balustrade, avec des chapiteaux sculptés. Les baies ont reçu des fermetures provisoires composées de châssis métalliques et de panneaux de polycarbonate : il ne s’agit pas de vitraux neufs.
Ajuster les reprises au contact de l’ouvrage ancien
Le travail à l’atelier se prolonge sur le chantier : les ébrasements sont rejointoyés, les feuillures réparées par greffes ou ragréages localisés, et les meneaux repris. Les photographies montrent ces interventions au contact des parements conservés, où chaque raccord doit suivre le profil de la baie.
Restituer le remplage et sa balustrade
La restitution associe le réseau de la baie à sa balustrade. Les épures et la taille préparent l’assemblage de ces éléments, tandis que la patine d’harmonisation accompagne leur raccord avec les pierres conservées. Les chapiteaux ont été sculptés par Jean-Christophe Yvon.
Joints, mortiers et enduits
Raccorder les reprises aux surfaces anciennes conservées
Les élévations extérieures ont été rejointoyées au mortier de chaux après préparation des joints et reprises des maçonneries. Le sable de Bayeux et une teinte à l’ocre ont participé à l’accord avec les parements existants.
À l’intérieur du chœur, les enduits à la chaux et les badigeons ont accompagné la restauration des intrados et des surfaces lacunaires. Les raccords ont été traités en conservant la lecture des nervures, des arcs et des pierres apparentes.
Le traitement anticryptogamique a été appliqué de manière ciblée, en excluant les parties polychromes. L’intervention n’a donc pas consisté en un traitement uniforme de tous les décors.
Le réfectoire
Restaurer les pignons, les surmonts et les maçonneries du réfectoire
Les pignons ont été échafaudés pour permettre les relevés, le calepinage et les reprises des parties hautes. Les pierres de surmont ont été taillées, posées et harmonisées avec les éléments conservés.
À l’Est, la souche a été bouchée et les maçonneries reprises avec un glacis. Un linteau en chêne, fini à la doloire, a été fourni et posé. À l’Ouest, un fer plat traité et peint a été mis en place sous l’avaloir.
Les joints ont été repris sur les parties hautes et ponctuellement dans les zones basses. Des interventions complémentaires ont porté sur des sondages localisés dans les enduits, puis sur leur reprise avec raccord aux surfaces existantes.
Le logis
Consolider les maçonneries fissurées et reprendre les pieds de murs
Sur le logis, les fissures ont été reprises par injections de chaux et jointoiements localisés. Des pierres dégradées ont été déposées et remplacées par des éléments en pierre de Creully, taillés pour leur emplacement.
Des jauges ont été installées à l’intérieur pour suivre les fissures. Les joints des pieds de murs ont été repris en recherche, avec harmonisation des raccords.
L’évacuation du caniveau a également été reprise après relevés d’altimétrie, avec un regard intermédiaire de visite. Le dallage a été calepiné, déposé puis reposé avec une pente et des compléments de dalles pour accompagner cette reprise de l’écoulement.
Réseaux et abords
Accompagner la restauration par la gestion des eaux
Les travaux aux abords ont compris des réseaux d’eaux pluviales, du drainage et des fourreaux électriques. Les terrassements ont été réalisés par STEA en sous-traitance, après les fouilles préventives menées par l’INRAP.
Au réfectoire, un caniveau à ciel ouvert en calade a été réalisé avec tri des pierres, pose et jointoiement. Les raccords avec les ouvrages existants ont été organisés pour assurer la continuité des cheminements de l’eau.
Des maçonneries en pied du mur de clôture ont par ailleurs été reprises en sous-œuvre par passes, au droit du réseau de la source. Cette intervention ponctuelle est distincte d’une restauration générale du mur de clôture.
Porche et portails
Reprendre les pierres de gonds et les maçonneries d’entrée
Après la dépose des menuiseries par le menuisier, les maçonneries autour des gonds du porche ont été dégagées. Les pierres dégradées ont été remplacées ou déposées et reposées en recherche, avec des compléments en pierre de Creully.
Les parties métalliques des gonds ont été protégées contre la corrosion, puis les scellements et les maçonneries attenantes repris. Le mur en retour a été purgé et rejointoyé ; ses parties hautes ont été traitées en conservant leur aspect de vestige.
Au portail secondaire, le seuil a été repris après décaissement. Une partie du dallage en pierre a été conservée, avec un raccord à la zone refaite en béton au ciment blanc, à finition talochée.
Les ouvrages restaurés
Le chœur de l’abbaye après restauration
Les maçonneries consolidées, les baies rouvertes et les compléments de pierre redonnent une lecture continue aux élévations du chœur. Les ouvrages conservés restent associés aux reprises et aux finitions, sans être remplacés par une reconstruction uniforme.
Les interventions sur le réfectoire, le logis et les abords prolongent ce travail à l’échelle de plusieurs bâtiments de l’abbaye.
Des vues d’ensemble aux détails de raccord
À l’extérieur, les vues rapprochées montrent les baies, leurs encadrements et les contreforts au sein des parements conservés. À l’intérieur, la lecture des nervures et des élévations permet de situer les reprises de pierre et les finitions dans l’architecture du chœur.
Les savoir-faire mobilisés à Longues-sur-Mer
De l’observation du bâti à la précision du geste
À Longues-sur-Mer, l’observation de l’existant, les relevés et le réemploi des pierres ont accompagné les interventions de consolidation. Les réparations ont été préparées à l’échelle des profils, des assemblages et des surfaces conservées.
La réalisation met en relation plusieurs métiers : le maçon intervient sur la continuité des ouvrages et les reprises localisées ; le tailleur de pierre restitue les profils nécessaires ; les travaux de jointoiement et d’enduit raccordent ces interventions aux surfaces anciennes.
- Conserver et réemployer
- Pierres anciennes étudiées, profils relevés et éléments réutilisés.
- Tailler et ajuster
- Épures, moulures, corniches, meneaux et montages à sec.
- Consolider et reprendre
- Arases, extrados des voûtes, fissures et confortement par tirant.
- Raccorder et harmoniser
- Jointoiements, enduits et badigeons à la chaux, patines des reprises de pierre.
Cette réalisation associe nos savoir-faire en taille de pierre, en maçonnerie traditionnelle, en structure et consolidation et en enduits et jointoiements à la chaux.
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Nos équipes maîtrisent notamment la maçonnerie traditionnelle, la taille de pierre, les enduits à la chaux et la consolidation des ouvrages anciens.
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